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SRI CHINMOY MARATHON TEAM Gourou de l’ultra ?

Méconnu en France, où il est souvent stigmatisé, car accusé de dérives sectaires et donc voué aux gémonies, ce groupe à pourtant œuvré au développement de l’ultrarunning a travers le monde. Cette année, à I’occasion de la 25e édition des 100 km de Paris, il nous semblait intéressant de se pencher sur les tenants et les aboutissants de cette association.

Né au Bengale oriental, Sri Chinmoy intègre l’Ashram de Sri Aurobindo à 12 ans. Apres 20 années passées à se consacrer à la méditation, la pratique de l’athlétisme, la composition de musiques et de chants et la rédaction d’essais et de poésies, il s’installe à New York en 1964 et il y réside jusqu’à sa mort, à 76 ans, le 11 octobre 2007.

Gourou populaire, des stars telles que Carlos Santana et John Mac Laughlin adhèrent à sa philosophie et composent en 1973 l’album « Love, Devotion, Surrender », toujours disponible dans les bacs. Puis en 77, il crée le Sri Chinmoy Marathon Team, ou s’illustrera notamment le Grec Yiannis Kouros, légende de l’ultra, titulaire entre autres des records du monde des 6 jours (1036, 800 km), 24 heures sur circuit (290,221 km), 24H sur piste (303,506 km). Si la pensée de Sri Chinmoy s’applique à tous les domaines de la vie, la course l’illustre parfaitement. Selon ce dernier, afin d’atteindre à la plénitude de la paix intérieure, il importe de mettre en adéquation nos qualités spirituelles avec le monde extérieur. Il est possible d’y parvenir par la méditation, qui mène au dépassement de soi. Or de ce point de vue, il demeure toujours possible de s’améliorer. Et à partir du moment où tous les hommes agiraient de la sorte, l’humanité évoluerait dans le sens d’un monde meilleur, ou régnerait la paix, car la lutte destinée à s’élever reste intérieure.

Ce concept implique de l’humilité. Par exemple lors d’un 24 heures, ou d’un 100 km, nul ne saurait se satisfaire de son dernier score, ou de son dernier chrono, puisque chaque nouvelle expérience doit être marquée par une volonté de progresser. Car, d’après Sri Chinmoy, nous disposons tous des ressources spirituelles destinées à aller toujours plus loin. A nous de nous concentrer à dessein, de toucher à la « Self-transcendence », synonyme de Nirvana.

A titre d’exemple, en 1984, lorsqu’aux 6 jours de New York, organisés à l’époque par le New York Road Runners Club, dirigé par Fred Lebow, Yiannis Kouros a expliqué à posteriori : « Au cours de la 4e nuit, je voulais abandonner. J’avais les orteils en sang. Sri Chinmoy est venu sur le circuit. Il m’a pris la main, m’a parlé et m’a convaincu que je gagnerais. Alors que je manquais d’assurance, sa visite m’a relancé, et j’ai repris mon effort avec l’impression de danser sur le parcours ». Pourtant, Kouros n’a jamais été un disciple de Sri Chinmoy. D’ailleurs « Gourou » n’a jamais pratiqué le prosélytisme. Il souhaitait simplement que ce type d’épreuve inspire d’autres organisateurs potentiels et essaime dans le monde entier.

Jean-Michel Boiron peut en témoigner. A 69 ans, ingénieur au sein d’un bureau d’études chez Vinci, il se souvient avoir couru son premier marathon en 80, avant de basculer dans l’ultra. Détenteur d’une référence de 7h42′ sur 100 km, il a pris part à 24 des 25 éditions des 100 km de Paris. Une opération au ménisque l’a contraint de s’abstenir une année. Ce boulimique des efforts longs ne saurait manquer ce rendez-vous : « Je n’ai jamais participé à une course aussi conviviale. Les organisateurs et les bénévoles manifestent à notre égard un dévouement et une gentillesse extraordinaires. Je ne comprends pas pourquoi ils ne réunissent pas plus d’une trentaine de participants. Peut-être que le fait d’accomplir 700 km sur un circuit d’un mile rebute certains, mais en ce qui me concerne, j’estime que cela génère une meilleure ambiance, parce que l’on ne se sent jamais esseulé, à l’inverse de tracés émaillés de longues lignes droites. C’est aussi rassurant de savoir qu’à l’issue de chaque tour, il est possible de se ravitailler. Il n’existe pas la crainte de l’hypoglycémie, ou de la déshydratation. En plus, dans le bois de Vincennes le cadre est sympa. On croise des promeneurs, des cyclistes. Au fond ça me rappelle Central Park ».

Relativement à l’aspect sectaire du mouvement, cet esprit cartésien éloigné de toute religion se veut catégorique : « Très franchement, cela va faire bientôt 25 ans que je connais cette organisation que l’ai côtoyé sur d’autres manifestations sportives et jamais je ne les ai vus se livrer à du prosélytisme. Quant à leur démarche spirituelle liée à la transcendance, chacun est libre d’y adhérer, ou non. Personnellement à près de 70 ans, quand je songe à cette idée durant la course, cela me motive à aller au bout, sans pour autant voguer dans les béatitudes. Egalement ce qui me force à me dépasser, maintenant qu’il m’est de plus en plus difficile de finir dans les délais, ce sont les encouragements constants des bénévoles, qui ont à cœur que tout le monde termine ».

L’ex vice-président des « Kékés du Bocage », cette association de joyeux lurons, dont les membres louent Bacchus avec modération, lâche : « Même s’ils ne sont pas dans la norme des autres organisations, ils ont le droit au respect de leur originalité. En tous cas, on ne nous demande pas de prier, et le Sri Chinmoy ne cherche pas à faire du fric. Les droits d’inscription sont 50, voire 75% moins chers qu’ailleurs. Donc, que les administrations cessent de les empêcher de lancer de nouvelles courses ! ». Excepté Paris, cité multiraciale et pluriculturelle, partout ailleurs en France le mouvement se heurte à une certaine défiance. Ce gui ne semble pas être le cas dans d’autres pays.

A suivre…

CHRISTOPHE ROCHOTTE

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